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Fermez les yeux un instant. Imaginez écouter un jardin au petit matin et reconnaître chaque oiseau uniquement à son chant. Pour Simon, aveugle de naissance, ce n’est pas un simple jeu. C’est sa manière de participer à la science, de se rendre utile, et de voir le monde autrement.
Depuis plus de dix ans, Simon participe à des balades ornithologiques. Il ne voit pas les oiseaux, mais il les « lit » avec ses oreilles. Chaque chant devient pour lui une sorte de carte d’identité.
Au lieu d’une paire de jumelles, il tient son smartphone. Il enregistre, il écoute, il compare. Ce geste simple lui permet de contribuer à des opérations de recensement des oiseaux de jardin. Et, oui, ses données comptent autant que celles de n’importe quel observateur voyant.
Ce qui le motive ? Le plaisir d’être dehors, le contact avec la nature. Et surtout l’idée réconfortante de pouvoir « aider la science » malgré son handicap. Il transforme ce que certains voient comme une limite en véritable force d’observation.
Pour Simon, un jardin n’est jamais silencieux. Chaque coin, chaque haie, chaque toit possède sa petite signature sonore. Il se concentre sur quelques espèces très communes et les connaît par cœur.
Par exemple, il reconnaît la pie bavarde à son cri sec et répété, un « tchac tchac tchac » bien marqué. La mésange charbonnière, elle, a un chant régulier, plus aigu, qui ressemble à une petite ritournelle répétée encore et encore.
Simon ne cherche pas à tout savoir. Il le dit lui-même. Il ne prétend pas identifier toutes les espèces. En revanche, celles de nos jardins, les plus fréquentes, il les maîtrise avec une précision impressionnante.
Son outil principal, c’est un smartphone. Non pas pour filmer ou pour prendre des photos, mais pour écouter, enregistrer, comparer. Il utilise des applications de reconnaissance des chants d’oiseaux, accessibles avec les fonctions vocales.
Le principe est simple. Il lance l’enregistrement, pointe le micro vers le chant qu’il entend, puis laisse l’application analyser le son. En quelques secondes, une liste d’espèces possibles apparaît. Le téléphone lui lit alors les noms, et il peut confirmer grâce à sa propre mémoire auditive.
Ce duo entre son oreille entraînée et la technologie rend son observation très fiable. Il ajoute ensuite les données récoltées dans des programmes de suivi des oiseaux des jardins. Chaque enregistrement, chaque espèce cochée, enrichit les bases de données des scientifiques.
Les oiseaux sont de véritables thermomètres du vivant. Quand une espèce disparaît d’un quartier, ou qu’une autre se multiplie, cela raconte quelque chose sur l’état de la nature autour de nous.
En participant au recensement des oiseaux, Simon permet de suivre ces évolutions. Un merle en moins, deux mésanges en plus, un rouge-gorge qui revient chaque hiver. Tous ces petits détails, mis bout à bout, aident à comprendre les effets du climat, de l’urbanisation, ou encore de la pollution.
Et justement, les données collectées dans les jardins sont très utiles. On parle souvent des grandes forêts ou des zones protégées. Pourtant, la biodiversité de proximité, celle que vous avez sous vos fenêtres, est tout aussi importante à suivre.
L’histoire de Simon bouscule un peu les idées reçues. On imagine souvent qu’il faut voir pour observer. Sa pratique montre l’inverse. On peut aussi observer avec l’ouïe, avec le toucher, avec l’attention.
Son handicap ne l’empêche pas de contribuer. Au contraire, il a développé une écoute fine, patiente, que beaucoup d’entre nous n’ont pas. Là où certains ne perçoivent qu’un bruit de fond, lui distingue plusieurs espèces, des rythmes, des variations.
Son exemple rappelle une chose essentielle : dans les sciences participatives, chacun a une place. Pas besoin d’être biologiste, ni parfaitement valide. Il suffit d’avoir envie, de prendre un peu de temps, et d’accepter d’apprendre.
Vous n’êtes pas obligé d’être expert pour commencer. Comme Simon, vous pouvez débuter avec quelques espèces très communes. Deux ou trois au départ. Ensuite, vous enrichissez votre « répertoire » peu à peu.
Par exemple, apprenez à distinguer le merle, la mésange charbonnière et le rouge-gorge. Écoutez leurs chants plusieurs fois sur une application ou un site spécialisé. Puis, un matin, ouvrez la fenêtre. Essayez de reconnaître au moins un chant avant même de regarder dehors.
Vous pouvez ensuite noter vos observations sur une feuille ou dans une application dédiée. Nombre d’individus, heure, météo, lieu. Ces informations simples deviennent utiles une fois rassemblées avec celles de milliers d’autres personnes.
Si l’expérience de Simon vous inspire, voici quelques pistes concrètes pour vous lancer à votre tour, à votre rythme.
Avec le temps, vous verrez que votre oreille s’affine. Vous reconnaîtrez un oiseau presque comme une voix familière. Et ce jour-là, vous comprendrez un peu mieux ce que vit Simon à chaque sortie.
En vérité, l’histoire de Simon parle autant d’oiseaux que de notre relation au monde. Elle montre que l’on peut ressentir la nature autrement, sans forcément s’appuyer sur la vue. Par le son, par l’odeur de l’herbe mouillée, par le vent dans les feuilles.
Sa manière de recenser les oiseaux nous invite à ralentir. À écouter plus, à regarder moins nos écrans. À redécouvrir ce qui se passe juste au-dessus de nos têtes, sur les toits, dans les haies, dans un simple carré de pelouse.
Alors, la prochaine fois que vous entendrez un chant d’oiseau, peut-être penserez-vous à Simon. Et, qui sait, vous aurez envie, vous aussi, d’ouvrir un peu plus grand vos oreilles… et d’entrer dans cette grande conversation discrète entre les humains et les oiseaux.