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Vous pensiez que le fromage était votre dernier petit plaisir « innocent » après avoir arrêté la viande… et puis un jour, quelqu’un lâche cette phrase qui glace un peu l’ambiance : « En fait, pour faire la plupart des fromages, on tue des veaux ». Difficile ensuite de regarder une raclette ou un morceau de comté de la même façon. Alors, si vous êtes végétarienne et que vous adorez le fromage, comment faire la paix avec votre assiette ?
Sur une table de fête, la planche de fromages fait souvent l’unanimité. Pain encore tiède, fromage qui coule, odeur rassurante de gratin ou de raclette… Tout respire la convivialité. On partage, on rit, on se ressert sans trop réfléchir.
Pourtant, derrière ce décor chaleureux, il y a une réalité que l’on préfère souvent ne pas voir. Surtout quand on a choisi le végétarisme pour ne plus participer à la mise à mort des animaux. On se dit : « Je ne mange plus de viande, c’est déjà bien ». Et le fromage reste un peu la zone grise confortable.
Jusqu’au jour où l’on découvre ce qui se passe vraiment entre la prairie et l’assiette.
Pour transformer du lait en fromage, il faut le faire cailler. Et pour ça, la plupart des fromages traditionnels utilisent un ingrédient clé : la présure. C’est elle qui permet au lait de passer de l’état liquide à une pâte ferme, le fameux caillé.
Sur le papier, cela semble très technique et anodin. Dans la pratique, beaucoup de présure est en réalité d’origine animale. Elle est extraite de l’estomac de jeunes veaux encore nourris au lait. On récupère une partie de leur appareil digestif, appelée la caillette, pour produire cet enzyme si particulier.
Concrètement, cela signifie que pour la fabrication d’une grande partie des fromages français, la mort de jeunes animaux reste intégrée au processus. Pas seulement dans l’industrie de la viande, mais aussi dans celle du fromage.
On aime parler de terroir, de tradition, de fromages AOP. On imagine des alpages, des fermes familiales, des caves de maturation à l’ancienne. Cette image n’est pas totalement fausse, mais elle est incomplète.
Dans de nombreux cahiers des charges AOP, l’usage de présure animale reste la norme. Pourquoi ? Parce qu’on estime qu’elle garantit une certaine texture, un goût spécifique, une authenticité. Résultat : même des fromages artisanaux, locaux, de petite production, ne sont pas forcément compatibles avec un mode de vie végétarien strict.
Ce décalage entre l’histoire que l’on se raconte et la réalité peut être déstabilisant. On se rend compte que notre « petit plaisir inoffensif » est en fait lié à un système que l’on pensait avoir quitté.
En France, on considère souvent que végétarien = mange du fromage. C’est presque automatique. Quand vous dites que vous ne mangez pas de viande, on vous propose une assiette de pâtes au fromage. Ou une tartine de chèvre chaud. Ou une raclette.
Mais si l’on prend au sérieux l’idée de ne pas participer à la mise à mort des animaux, le doute s’installe. Peut-on encore appeler « végétarien » un régime qui inclut des produits demandant l’abattage de veaux ? Certaines personnes diront oui, d’autres non. Ce questionnement touche à l’identité, à la cohérence, mais aussi à la peur de se compliquer la vie. Et de déranger les autres autour de la table.
Ce malaise est normal. Il montre simplement que vous êtes en train de regarder votre assiette avec un peu plus de lucidité.
Au rayon fromages, tout semble simple… jusqu’au moment où vous retournez l’emballage. Vous lisez « lait, sel, ferments, présure ». Et là, silence. Présure de quoi ? Animale, microbienne, végétale ? Impossible de savoir.
En Europe, les fabricants n’ont pas l’obligation de préciser l’origine de la présure. Sauf mention claire du type « convient aux végétariens » ou « coagulant microbien », il est très difficile de s’y retrouver. Ce flou laisse chaque consommatrice construire ses propres compromis. Fermer les yeux. Ou passer des heures à chercher des informations.
La vérité, c’est que sans démarche volontaire de votre part, la plupart des fromages classiques que vous achetez contiennent probablement de la présure animale.
La bonne nouvelle, c’est que des solutions se développent. Non, vous n’êtes pas condamnée à renoncer à tout ce qui fond, gratine ou se tartine.
On trouve aujourd’hui plusieurs types de coagulants pour remplacer la présure animale :
Pour les repérer, quelques réflexes simples aident vraiment :
C’est un peu plus de travail au début, c’est vrai. Mais très vite, vous aurez vos repères, vos marques fétiches, vos habitudes.
Une crainte revient souvent : « D’accord pour le principe, mais est-ce que ce sera aussi bon ? ». La réponse dépend des produits, mais aussi de vos attentes. Certains fromages à présure microbienne sont très proches de leurs équivalents classiques. D’autres ont une texture un peu différente, un goût moins puissant. Il faut parfois accepter de changer légèrement ses repères.
Concernant les fromages végétaux, il existe de tout. Des produits très basiques, fades, mais aussi des spécialités affinées, bluffantes, avec croûte fleurie, cœur fondant, saveurs complexes. Un peu comme pour le vin, il y a des pépites et des déceptions. L’essentiel, c’est d’essayer, progressivement, sans se forcer.
Et si, plutôt que de chercher à copier à l’identique un camembert ou un roquefort, vous découvriez de nouvelles textures, de nouveaux mariages de goûts ? Ce changement de regard facilite beaucoup la transition.
Pour passer à l’action sans renoncer au plaisir, voici une recette très simple. Parfaite en entrée ou à l’apéro, elle apporte de la couleur, du croquant, et ce petit côté crémeux que l’on aime tant dans le fromage.
Ingrédients pour 4 personnes :
Préparation :
Servez cette salade en entrée ou dans de petites verrines à l’apéritif. Vous verrez, personne ne se plaindra de l’absence de lait de vache. Et si l’on vous demande la recette, c’est l’occasion parfaite pour expliquer votre démarche sans moraliser.
Apprendre que des veaux sont abattus pour fabriquer la présure, c’est une information qui dérange. On peut avoir envie de la repousser. Ou au contraire de tout arrêter du jour au lendemain. Entre ces deux extrêmes, il existe un chemin plus nuancé.
Vous pouvez, par exemple :
L’idée n’est pas d’être parfaite du jour au lendemain. Mais de tendre vers une consommation plus alignée avec vos valeurs, à votre rythme.
Chaque choix compte. Choisir un fromage sans présure animale, tester une feta végétale, poser une question à un fromager, c’est peut-être un geste minuscule. Pourtant, mis bout à bout, ces gestes envoient un message clair : vous voulez du plaisir, mais pas à n’importe quel prix.
On ne change pas un système du jour au lendemain. On peut en revanche ajuster sa propre assiette, un repas après l’autre. Et un jour, sans même vous en rendre compte, vous regarderez un plateau de fromages autrement. Avec un peu moins de naïveté. Mais avec beaucoup plus de cohérence. Et, si tout va bien, toujours autant de gourmandise.